Témoignages
Yann SYNAEGHEL - "J'étais complètement déboussolé"

"J'étais complètement déboussolé"

Yann SYNAEGHEL

"J’ai baigné dans le monde du football dès ma naissance: mon père, Christian Synaeghel,était footballeur professionnel international. Il a joué avec les mythiques Verts, l’AS Saint-Étienne, aux côtés desquels il a remporté trois championnats de France et deux Coupes de France.

A l’âge de 14 ans, j’ai reçu des propositions de clubs - dont l’AS Saint-Étienne - lors de sélections régionales. J’avais l’ambition de faire la même carrière sportive que mon père. J’ai signé à Saint-Étienne. Mais le Club n’était plus au top niveau à l’époque et ces années ont plutôt été difficiles. À 21 ans, j’ai quitté Saint-Étienne pour continuer à vivre de ma passion dans d’autres clubs de niveau inférieur. Côté études, j’ai obtenu un baccalauréat ES à 18 ans. Lorsque j’étais au Club de Béziers à 23 ans, je me suis inscrit dans une école d’architecture à Montpellier. Mais j’ai choisi de me consacrer essentiellement à la pratique professionnelle du football. Il était difficile de cumuler entraînements, matchs le week-end et allers-retours entre Béziers et Montpellier. 

Lorsque j’ai quitté le football à 31 ans, j’étais plutôt content. Mais l'adrénaline et surtout l'excitation que vous ressentez lorsque vous avez le ballon au pied et que vous devez prendre la bonne décision en une seconde pour marquer m’ont très vite manqué. Les années passées à exercer un sport de haut niveau ne s’oublient jamais. Elles restent gravées en vous. J’ai eu la chance de rencontrer Jacques Glassmann qui m’a aiguillé pendant deux ans pour trouver ma voie. Sans cet accompagnement, ma reconversion aurait été plus compliquée. En tant que joueur, nous vivons dans une bulle, cocoonés par un staff technique qui fait tout. À 31 ans, j’avais du mal à engager des démarches, téléphoner pour obtenir un renseignement. Passer d’une vie sportive de haut niveau à une vie classique est vraiment délicat.

Je jouais encore en Belgique quand le processus de ma reconversion a commencé. J’ai passé un bilan de compétences et des tests afin de dégager les traits de ma personnalité, déterminer ce que je voulais faire. Dans le même temps, j’ai fait l’acquisition d’une maison à Lille que j’ai entièrement retapée. Cela m’a plu. J’en ai discuté avec Jacques Glassmann qui m’a alors proposé de partir vers le secteur du bâtiment. J’ai suivi une formation de conducteur de travaux en alternance pendant deux ans. Une période très éprouvante car je travaillais trois jours en chantier, suivais deux jours de cours, des entraînements tous les soirs en Belgique et jouais des matchs le week-end. Mais j’ai tenu.

A l’issue de ma formation, j’ai été recruté dans un bureau d’études axé sur la conception de maisons passives, un concept de construction très basse consommation caractérisée par une très forte isolation thermique, la présence d’air dans l’enveloppe du bâtiment ne nécessitant pas l’existence d’un système de chauffage. Mais le directeur part avec la caisse au bout de quatre mois. Je décide de créer une entreprise de construction ossature bois avec un architecte et un collègue charpentier. Mais ce dernier jette l’éponge. J’envoie donc des CV sur toute la France.

Un bureau de recrutement situé sur Paris m’a répondu le premier. J’ai passé un entretien et ai été recruté par Socalog, une société pour la construction et l’acquisition de logements. Aujourd’hui, je suis responsable du service technique qui veille au bon état des bâtiments. Si l’entreprise m’a donné ma chance, c’est probablement du fait de mon parcours sportif et de ma détermination quant à ma reconversion qui s’est étalée sur sept ans. Je leur ai montré mon envie et ma capacité à m’adapter aux situations. A cette époque mon CV était plutôt mince et comprenait un baccalauréat et une formation non-diplômante.

Quand on est dans son activité sportive, la seule idée en tête est ce qui se passe sur le terrain, chaque jour, chaque week-end. Si vous commencez à penser à l’après, vous posez déjà un pied hors de votre sport. Un footballeur de haut niveau reste jeune homme de 18 à 28 ans ! Sans l’UNFP, je n’aurais rien fait : j’étais complètement déboussolé. Ils m’ont aidé à réfléchir et faire mûrir mon projet de vie. Ce qu’ils font est extraordinaire."